Manifeste artistique

Mon théâtre

Mon théâtre est un théâtre du monde engagé.

Je travaille sur la mémoire, la mélancolie, le deuil, le désenchantement, les ruptures et des peurs de l’enfance, les désastres du monde et de la nécessité de survivre à tout ça.

Je travaille sur le désir de vivre, de ré-enchanter le monde et donc sur le désir de faire du théâtre, absolument. Autour de ces thèmes, je mène un travail sur l’expression et sur la transmission d’une mémoire (par le théâtre, le cinéma, la peinture, la poésie, la danse), et son inscription aujourd’hui dans le contexte du monde contemporain, à travers le prisme d’une singularité qui est la mienne.

Le réel est à réinventer : c’est pourquoi il y a l’art.

Il s’agit dans mon théâtre de réengager le monde dans ses possibilités d’être ensemble : dans la relation avec le public, l’adresse, la circulation de la parole, les dispositifs scéniques et féériques. Il s’agit donc de réengager la poésie.

Mes pièces sont des pièces sur le devenir, sur l’impact dans le temps.

Mes pièces sont des pièces de paroles en mouvement, d’émotions en mouvement.

Mes pièces sollicitent les jeux tendres et cruels de l’enfance et les paroles des « poètes qui savent aussi penser, écrire aussi de la prose » comme une réponse philosophique à l’être-au-monde.

Mes pièces convoquent le désir d’être avec l’autre, la terrible demande d’amour et tous ces égarements et toutes ces illuminations qui nous amènent à faire du théâtre.

Dans mon théâtre, je suis pour l’ici et maintenant sans compromis.
Je suis pour le réel de l’art contre le trop de réel du monde.
Je suis pour la philosophie.
Je suis pour l’imaginaire.
Je suis pour l’intériorité.
Je suis pour les métaphores. Pour l’inconscient. Pour le sensible.
Je suis pour les anges (qui savent aussi marcher) et ceux qui n’ont pas perdu le goût du premier paradis où tout était absolu.
Je pense comme Walter Benjamin que la force est du côté de ceux qui ont été perdus, vaincus. Et que le phénix renaît de ses cendres. Et qu’il se bagarre.
Je veux tenter des devenirs poétiques comme des devenirs révolutionnaires.

Bérangère Jannelle

Le projet

Comment le théâtre articule-t-il l’individu et le citoyen ? Comment le théâtre, qui explore la mémoire désordonnée des corps, des langues, des territoires intimes et collectifs, bouleverse les représentations clivées que l’on a de soi et de l’autre ? Pourquoi notre besoin d’enchantement est-il irréductible à notre désespoir et nous faisons du théâtre pour vivre encore ? Je suis pour un théâtre de la pensée comme projet de résistance au conformisme et à la haine. Je suis pour la démocratie sensible qui s’est inventée en même temps que le théâtre et la poésie de l’Histoire.

 

 

« Réinventer toujours, écrire encore! »

Marina Tsaetaeva

Depuis 2000, le projet artistique de La Ricotta consiste à éclairer le monde contemporain, grâce aux styles des grands philosophes, des grands poètes, des romanciers et des grands dramaturges. La Ricotta est une affaire de jeu avec les mots. L’écriture est au cœur du travail de plateau, mais ici le pays de la littérature est arpenté sans aucune frontière, sans aucune hiérarchie de genre. Seul compte l’impact provoqué par une langue qui bouleverse les lieux communs, les formules toutes faites.

Comment renouveler notre rapport aux textes, à l’écriture, aux mots ? Les acteurs de la compagnie sont nourris par un « corps à corps » avec les mots, musclés par une approche athlétique du style pour s’approprier les textes. Pour cela le travail d’auteur-monteur consiste à prendre d’abord le texte à sa source, avec un profond travail dramaturgique et linguistique, puis à le déplier dans tous ses recoins afin d’oser des croisements, des rapprochements, des carambolages parfois avec de nouvelles versions qui le font résonner aujourd’hui. C’est alors l’idée du montage au sens scénaristique du terme qui domine. Depuis quelque temps ce travail d’auteur se développe considérablement, avec l’écriture de scénarii pour le cinéma d’une part, mais aussi avec l’écriture directe pour le plateau comme pour la future création Mélancholia Europea, inspirée d’Hannah Arendt, de Walter Benjamin, de Thomas Mann, d’Hölderlin…

« Le théâtre doit faire un bond hors de lui-même pour se retrouver »

Klaus Michael Grüber

Bérangère Jannelle fait naître des dispositifs de théâtre total où la réflexion sur l’espace est déterminante. Chaque projet met en jeu fortement le rapport de l’acteur au public et agit directement sur la perception. Les espaces scéniques sont ainsi des lieux avec des identités fortes qui permettent d’inclure le spectateur dans une histoire à laquelle il prend part: la salle des fêtes de Amor! ou les Cid de Corneille, la chambre funéraire de Twelfth Night, la salle de fac de Z comme Zigzag, la grande salle du procès de Mélancholia Europea (une enquête démocratique) à venir. Cette inspiration tirée d’une relation directe aux lieux réels fait le caractère «cinématographique» des projets écrits pour les grands plateaux de théâtre. Elle se déploie fortement lors des projets in-situ qui métamorphosent les espaces publics : ce sont, par exemple, les aventures du Décaméron et son voyage nocturne dans la rade de Lorient, la nuit américaine dans la base de sous-marin de Saint-Nazaire de 66 Gallery, la déambulation dans les serres de Cherbourg pour Arborescences, les cabanes éphémères installées dans les bois du château de Valencay pour À La belle étoile. Certains de ces projets vont jusqu’à donner naissance à des films (Sans Terre tourné au Brésil ou Une larme a-t-elle le droit de couler? bientôt réalisé avec des enfants) et des installations artistiques autonomes (La Boucle du cerf dans les anciennes carrières de Villentrois).

« Faites de l’art avec des alliées, chercher des agencements qui nous conviennent »

Gilles Deleuze

« Au fondement de la Ricotta, il y a la tentative d’amitié comme préalable, celle qui consiste non pas à converser inutilement mais à rebondir, à enrichir, à développer… Pour décloisonner et réinventer une mondialité à notre image, les spectacles de La Ricotta mêlent les interprètes de différentes nationalités et des collaborateurs artistiques de différentes disciplines.

Dans ce goût d’un métissage créatif, des relations singulières se sont nouées avec des artistes associés au travail très en amont. Avec Olivier Dubois (directeur du CCN Ballet du Nord, Roubaix) dans le cadre d’une recherche sur le mouvement, sur le corps burlesque, à l’occasion notamment de l’opéra La Périchole et de Vivre dans le Feu.

En son, avec Jean-Damien Ratel qui a fait toutes les créations sonores de La Ricotta et intervient parfois en live comme dans 66 Gallery.

En lumière, avec Christian Dubet, gardien de phare et inventeur de lumières qui a réalisé la plupart des opéras et des spectacles de théâtre.

Avec Laurence Chalou, qui crée des costumes – pour le théâtre et le cinéma – et participe aussi fortement à l’esthétique des spectacles. Chaque projet provoque de nouvelles rencontres, ouvre de nouvelles lignes de force, autour de comédiens alliés qui m’inspirent dès la conception, parmi lesquels Rodolphe Poulain, Pascal Rénéric, David Migeot, Douglas Rand, Sophie Neveu… avec lesquels je partage une longue complicité. »

Compagnonnages

Depuis 2015 – Artiste associée au CDN de Haute-Normandie – Rouen
2010/2016 – Artiste associée à Equinoxe – Scène nationale de Châteauroux
2013/2014 – Compagnie conventionnée par la Région Centre
2010 – Artiste Associée au Fanal – Scène nationale de Saint-Nazaire
2004 – Artiste associée au Carreau – Scène nationale de Forbach
2000 – Artiste associée au CDDB – Théâtre de Lorient – CDN
1998-2000 – Assistanat à la mise en scène en France et à l’étranger de Klaus Michael Grüber, Carlo Cecchi, Eric Vigner, Arthur Nauzyciel.